Quand on regarde les sculptures de François Lemaître, on commence souvent par rire : une femme bouddha hystérique, un diable concupiscent, les fesses d’une Vénus, un Jésus qui plonge dans une piscine applaudi par une « Sainte-Nitouche » à poil, une usine en folie avec ses ouvriers cul par-dessus tête.
Puis on y regarde de plus près.
Forcément.

Puisqu’on doit s’approcher pour tirer ou tourner une manivelle pour mettre les installations en mouvement. Le corps est engagé et induit l’observation. On considère les mécanismes, les rouages, l’articulation des engrenages. Les connaisseurs s’émerveillent : ils savent les dessins préparatoires, la mise en place méticuleuse, la subtilité des réglages et le temps de travail pour les affiner. Les autres s’amusent et se réjouissent de voir le résultat de leur intervention : la femme bouddha lève les bras, les seins et hurle, la baigneuse applaudit et un ange ventru bat des ailes pendant que le plongeur remonte sur sa croix, les ouvriers de l’usine se démènent pendant que leur patron se pavane au-dessus d’eux. Un petit théâtre se met en marche devant nous et nous pouvons nous en croire le démiurge.

La proximité physique et le temps de l’action permettent et suscitent la réflexion. Tourner la manivelle de la sculpture-installation « Gloire à M.G.Lebien » fait démarrer la chaîne de production de la fabrique mais aussi met en situation d’observer de près les corps courbés, bousculés, culbutés, les produits dangereux, les étiquettes « Graisse Lebien », le fondateur en gloire au faîte de l’usine en costume 3 pièces immaculé. Cela laisse le temps de réfléchir, de reconnaître la posture du génie de la Bastille, cette allégorie de la liberté qui tient en main des chaînes brisées et un flambeau et de le comparer avec son avatar, ici, en costume blanc, qui palpe des billets et dont le but, comme le dit le texte accompagnateur, est « la sublimation de la sueur et de la graisse en cet ultime objet que représente le pognon ». Cela laisse le temps de saisir l’antiphrase du nom de Monsieur Lebien et, à la suite de François Lemaître, de jouer avec le langage, de passer de « Graisse Lebien » à « Graisse-le bien », « Engraisse-le bien », voire à plus graveleux et iconoclaste.
C’est qu’il choisit le rire comme vecteur de ses messages politiques, rire libérateur de ses indignations, passeur d’idées sans prosélytisme, respectueux de l’autre et du niveau de lecture qu’il choisira. Pas de discours poseur, pas de démonstrations mais des sculptures spectaculaires et une ironie mordante : des spirales scatologiques qui expulsent les logos des entreprises du CAC 40 ou un doigt d’honneur au concepteur de « la main invisible du marché », caution intellectuelle des chantres du libéralisme économique. « Je me presse de rire de tout de peur d’être obligé d’en pleurer », pourrait-il dire à la suite du Figaro de Beaumarchais.

Mais il est des choses avec lesquelles François Lemaître ne plaisante pas : ce sont les découvertes scientifiques, les inventions techniques, les mathématiques et la géométrie. Les hommages qu’il rend à ceux qu’il admire n’ont rien de parodique. Son « polyèdre » met à l’honneur Albrecht Dürer, son « homme de Vitruve » Léonard de Vinci, son horloge astronomique, Nicolas Copernic. Il aime ceux qui poussent leurs recherches au-delà du connu et du raisonnable de leur temps, qui pensent ce qui est encore impensé, imaginent ce qui n’existe pas encore et créent à force de calculs, de schémas préparatoires, d’hypothèses, de tentatives ratées.

Cette démarche est aussi, à son échelle, celle de François Lemaître : c’est dans la rêverie et le rêve éveillé que naît chaque création qui sera ensuite dessinée puis réalisée au bout d’un long processus de choix, de tâtonnements et de tests. Toutes les sculptures, même les plus ancrées dans notre vie sociale et politique, portent la marque de ce creuset de l’imaginaire dans lesquelles elles ont commencé à exister et elles en tirent leur caractéristique commune : décalées et poétiques.

Claudine Paque

FUREURS

Réalisant des sculptures animées depuis une quinzaine d’années, je me définis comme un constructeur d’histoires. L’utilisation de matériaux divers est mon moyen de propulsion pour les sujets qui m’importent, vers des allégories en mouvement, parfois grinçantes ou simplement absurdes.
« Fureurs », c’est ainsi que je désigne ces créations pour moi libératrices. Elles délivrent chacune un univers, une histoire, s’étalant sur un spectre allant de la géométrie sacrée à la trivialité.
Ces objets visent à travers la force de l’image ou la dérision, à poser un regard sur les fascinations ou incertitudes que m’inspirent certains aspects de notre culture ou comportements sociétaux.
Je m’attache dans la réalisation à rester au plus près de l’image première ou du premier gribouillage; le plus épuré, évitant tout ajout esthétique sauf s’il a un sens. Pour moi, l’animation des sculptures permet pour chacune d’entre elle, d’en révéler l’âme, son rythme, sa musique.
Certaines paraissant immobiles sont évidemment animées…
Le choix de la manipulation est déterminé par le fait qu’étant joueur moi même, j’invite le – spectacteur – à découvrir de façon ludique, le sens de ces bazars en mouvements.
Ces bidules à manivelles pourraient s’apparenter à l’art singulier ou hors normes dont je suis friand.

François Lemaître

Participations et expos

• Balade des ateliers. Chantenay 2014
• Parcours des créateurs. Rezé 2012-14-16-18
• La boucherie des arts. Rezé 11/2014
• La cale 2. Nantes 09/2014
• Jackie 44 sous les nefs. Nantes 09/2015
• Pol’n. Nantes 10/2015
• Le temple du goût. Nantes 11/2016
• En transition, là bas. Grande Synthes 12/2016
• Choucroute et papillons. Morieux 02/2017
• Le Mekano. Rezé 09/2017